Guy Ménard

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Guy Ménard est né à Granby, en 1948. Après des études de philosophie, de théologie et d’ethnologie, il a été professeur d’anthropologie de la religion à l’UQAM. Il s’y est en particulier intéressé aux dimensions mythiques et symboliques de la technique, aux rapports entre les religions et la sexualité, ainsi qu’aux nouveaux visages du religieux dans la culture actuelle.

Comme universitaire, praticien des sciences humaines, il a naturellement pratiqué les méthodes de la rationalité scientifique et discursive, et publié un certain nombre d’essais sur ses recherches : L’homosexualité démystifiée, Leméac ; De Sodome à l’Exode. Pour une théologie de la libération gaie, Guy St-Jean, éditeur ; Les ruses de la technique, Boréal/Méridiens-Klincksieck ; Le mariage homosexuel, Petit traité de la vraie religion et Des jeux et des rites, Liber. Mais il lui est aussi arrivé de faire quelques incursions dans le monde de la création littéraire, du côté de ce que les librairies anglophones rangent dans la catégorie de la «fiction» — par opposition à la fiction selon laquelle, quand on est prof, on est censé écrire autre chose que de la fiction… : un recueil de poésie (Fragments, HMH), deux romans (L’accent aigu, Leméac ; Jamädhlavie, Boréal), deux recueils de haïkus (Hiéroclips et Lune des vents, Ex libris). Il a participé à divers projets en lien avec le haïku dont, avec le danseur Marc Boivin, une création chorégraphique (Nâtarâjâ) dans le cadre du volet «Oser le corps», du 7e Mondial la littérature, conçu et animé par Sylvain Dodier. Plus récemment, il a publié des mémoires (Confections, Liber) et s’est passionné pour le limerick, un autre genre de très court poème, d’origine anglo-saxonne, volontiers déjanté, irrévérencieux, parfois coquin et paillard — quoiqu’aux règles très strictes en matière de métrique et de versification. (Marguerite Yourcenar : «C’est au moment où l’on rejette tous ses principes qu’il convient de se munir de scrupules…»)

il fit coucher son maître-queux
sur son beau Steinway demi-queue;
et là, en guise de sonate,
il lui titilla la prostate
sans quitter son habit à queue

Pour Guy, et quelle que soit la forme qu’elle prenne, la poésie est d’abord et avant tout la farouche, l’insolente, l’irréductible liberté des mots ; c’est leur capacité de valoir mille images, d’en faire surgir des millions sans crier gare ; c’est une langue de chair qui saigne sur les échardes de toutes les langues de bois ; c’est — avec la raison, sa jumelle cosmique — le seul antidote contre le cancer des novlangues et la peste des fake news. La poésie, c’est un verbe qui nous attend là où on ne l’attendait pas, la flexion d’un point-virgule en rut, la péroraison délirante d’un paragraphe qui n’en finit pas de mourir d’aimer, de hurler non ! comme Antigone, ou de se briser avec jubilation, tel un grand éclat de rire. Prévert : «La poésie, c’est l’un des plus utiles surnoms de la vie».

Guy Ménard

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