
20 mars 2025
#1
ÉDITO CROISÉ
☞ Il était une fois…

Sylvain Dodier
Pour cette première édition d’ACTION CULTURELLE, nous avons convié les photographes Guy Tremblay et Jean-Luc Wolff à oser avec nous ce nouveau projet. Deux créateurs qui, comme Luc et moi, n’ont pas peur de la marge et posent sur notre monde un regard singulier, empreint de questionnements et d’une infinie tendresse. En cette période affligeante de bêtises, nous avons souhaité vous offrir du beau, du vrai, des œuvres qui appellent la bienveillance.
Guy et Jean-Luc nous proposent des portraits-paysages saisissants. Tremblay, dans À la vitesse que poussent les arbres, nous dévoile avec rigueur et grande affection la vie intime des arbres qui nous entourent. Wolff, quant à lui, nous offre, dans Tête-à-la-Baleine, des cartographies de l’âme et d’une certaine manière de vivre en état de disparition.
Tous deux partagent le souci, voire l’obsession, du détail, du « cent fois sur le métier remettez votre ouvrage », qui caractérise les créateurs engagés et qui valsent avec le temps. Les recevoir est un honneur. Merci, messieurs, d’accepter d’essuyer avec nous les plâtres numériques de ces nouveaux espaces virtuels. Sincèrement.
En espérant que vous prendrez autant de plaisir à visiter ces expositions que nous en avons eu à les préparer pour vous.
Luc Pallegoix

Bienvenue dans ACTION CULTURELLE, ni une galerie, ni une revue, ni une exposition, mais un peu de chaque. ACTION CULTURELLE c’est un happening auquel nous allons donner un rythme trimestriel, synchronisé sur le début des saisons, parce que nous produisons cet évènement culturel depuis l’Atelier Auckland ancré au coeur de sa réserve naturelle. ACTION CULTURELLE est polymorphe, la partie magazine contient des articles à thèmes et ouvre sur deux espaces en 3D, que j’ai conçus en fusionnant ma capacité à coder avec mon expérience d’artiste qui a exposé ses oeuvres dans des lieux de natures très différentes. Je raconte la genèse de tout ça plus bas, à côté de Sylvain qui témoigne de son expertise pour l’entrevue. Le terroir regorge de créateurs dont on a envie de faire connaitre le travail et promouvoir la carrière. C’est pourquoi chaque trimestre nous proposerons des expositions dans les galeries 3D qui deviennent une extension dématérialisée des salles d’expositions physiques de l’Atelier Auckland. Ces moyens multimédias vont nous permettre de densifier considérablement notre programmation, ainsi que de vous parler de sujets variés d’actualité ou de fond, avec des interlocuteurs dont le propos n’est pas assez entendu. Nous allons être attentifs à produire des contenus exigeants mais accessibles. Ce n’est pas l’élitisme qui nous guide, c’est l’excellence. On veut ouvrir des portes et construire des ponts, avec passion et style, et on espère que vous serez de l’aventure.
À LA VITESSE QUE POUSSENT LES ARBRES
EXPO
☞ Guy TREMBLAY
PHOTOGRAPHIE
Guy Tremblay est un photographe de renom avec près d’une quarantaine d’expositions solo ou de groupe, un nombre similaire à ses années de pratique. Tremblay travaille le portrait et le paysage en série, parfois sur plusieurs années. Ce qui m’a instantanément séduit dans son travail, c’est sa vérité : des images limpides, pures, élégantes, authentiques. De chacune de ses œuvres se dégage un calme époustouflant.
À la vitesse que poussent les arbres est un livre d’art, une exposition, mais surtout une ode à la beauté, un trait d’union avec Dieu, s’il existe. Nous vous présentons ce que j’ose nommer des portraits arboricoles, tant chaque cliché nous dévoile l’intimité de ces êtres vivants qui nous entourent, de la rue au parc, du jardin au trottoir.
Méticuleux, Guy Tremblay fignole chacun de ses clichés avec une grande précision. À l’heure de la photo numérique, il privilégie l’épreuve argentique pour ses qualités inégalées. Il maîtrise avec raffinement toutes les étapes de la création, de la prise de vue au développement final des épreuves. Il nous livre des clichés en noir et blanc qui créent juste ce qu’il faut de décalage pour nous faire transcender le réel et aborder, d’un œil libéré du quotidien, l’univers présenté.
Chaque œuvre de Tremblay résonne comme une longue méditation, un appel à contempler la nature qui nous entoure. Un travail sobre, d’une qualité technique inouïe, mais surtout une œuvre d’une profonde humanité, empreinte de paix et porteuse d’espoir en ces temps sombres. Tremblay fait du bien à l’âme !
Sylvain Dodier
Durant les visites avec votre téléphone, ce sont vos propres déplacements qui vous permettent de voir les différentes parties des salles. Avec votre ordinateur, ce sont les flèches en bas à droite de votre clavier qui permettent de marcher dans les pièces, et la souris ou le trackpad qui permettent de regarder tout autour des salles. Dans les deux cas vous pouvez cliquer sur les tableaux pour les voir de plus près, et sur les portes pour changer de pièces.

TÊTE-À-LA-BALEINE
EXPO
☞ Jean-Luc WOLFF
PHOTOGRAPHIE
Formé en photographie à Montréal, New York et Paris, Jean-Luc Wolff cumule plus d’une vingtaine d’expositions individuelles ou collectives. Je me suis entiché de son travail en découvrant Blue Mood, exposition présentée au Musée de la Photographie Desjardins de Drummondville. J’y ai été ébloui par la douce puissance de ses clichés baignés de bleu.
Dans la série Tête-à-la-Baleine, je retrouve cette même force évocatrice et symbolique, qui nous dévoile sa vision interrogative du monde. Je suis fasciné par le raffinement du questionnement de Wolff, une interpellation qui surgit au moment où l’on s’y attend le moins, par un détail, suscitant une question existentielle et, si nécessaire, confrontante. Derrière la douceur du regard posé se cache une force réflexive qui ne cesse de m’impressionner.
J’aime me perdre de longues, parfois très longues minutes dans une œuvre de Wolff. La simplicité apparente de son travail est ce qui le rend si précieux à mes yeux : un lien direct avec l’âme du « regardeur ». Luc et moi avons choisi de vous présenter douze portraits tirés de cette exposition qui s’est tenue à l’hiver 2025 au Centre culturel et du patrimoine Uplands, à Sherbrooke.
Ces portraits sont en réalité des paysages. Des cartographies de l’âme, d’une vie, d’une façon de vivre, d’un environnement en perpétuelle évolution, mis en danger. Jean-Luc Wolff sait capter ces regards empreints de vérité, où l’on décèle une pointe de nostalgie, de regrets et un brin de tristesse. L’éternité n’est pas chose heureuse en permanence. Elle est construite de souvenirs accrochés à notre corps, à notre environnement, à nos rêves… semblent nous murmurer ces photos. Face au temps qui s’égrène inexorablement, Wolff questionne notre résilience, notre tendresse du « vivre ensemble ».
Sylvain Dodier
Durant les visites avec votre téléphone, ce sont vos propres déplacements qui vous permettent de voir les différentes parties des salles. Avec votre ordinateur, ce sont les flèches en bas à droite de votre clavier qui permettent de marcher dans les pièces, et la souris ou le trackpad qui permettent de regarder tout autour des salles. Dans les deux cas vous pouvez cliquer sur les tableaux pour les voir de plus près, et sur les portes pour changer de pièces.

CURIEUX DE L’AUTRE
STORY
☞ Sylvain DODIER
ENTREVUES.
L’un des grands bonheurs de ma vie est de mener des interviews en direct ! Des rencontres où chaque seconde se nourrit d’adrénaline et de bienveillance ! C’est ce que j’ai voulu créer pour Action Culturelle : des instants magiques où tout peut arriver, enregistrés d’un seul fil, sans aucun montage, devant un tout petit public, juste ce qu’il faut pour alimenter le stress salvateur. C’est dans mon antre de création, la bibliothèque de l’Atelier Auckland, que j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec Guy Tremblay et Jean-Luc Wolff. Deux artistes que j’admire et qui font monter en moi, depuis que je les connais, moult questions !
D’aussi loin que ma mémoire puisse plonger, je me revois en être curieux. Fouinard de tout et particulièrement désireux de découvrir l’Autre. J’ai toujours eu mille questions à poser. Pas étonnant que mes institutrices annotaient immanquablement mes bulletins scolaires de la remarque : parle trop ou trop bavard. J’en ai fait un métier !
Ma formation artistique m’a outillé dans l’art de la parole. Et, de mes formations d’éducateur spécialisé et de sexologue, j’ai hérité une solide expertise en techniques d’entrevue, nourrie par des outils d’analyse efficaces. Et la vie s’est chargée de m’offrir l’occasion de rencontrer et d’interviewer des milliers d’artistes.
J’ai réalisé mes premiers entretiens lors de ma collaboration avec les Salons du livre. D’abord avec des auteurs et des illustrateurs issus du milieu de la littérature pour la jeunesse, au Québec et en Europe. Puis, un jour d’automne pluvieux, lors des 24h du livre du Mans en France, on me demanda au pied levé de remplacer la personne devant interviewer le lauréat du Prix Renaudot 1999. Sans avoir lu son roman, L’Enfant Léopard, Daniel Picouly – qui fut d’une extrême gentillesse à mon égard – officia à mon baptême d’intervieweur en littérature pour les adultes.
Approximativement à la même époque, l’Agora de la danse me convia à m’associer à son équipe pour porter la danse contemporaine vers les adolescents, puis vers le public adulte. J’ai ainsi eu le bonheur de mener pléthore d’entrevues avec des chorégraphes, de fabuleux interprètes, des directrices de répétitions et autres actrices et acteurs du milieu.
En parallèle à cette réalité déjà fort chargée et nourrissante, j’ai rapidement eu la fierté, dans ma carrière d’intervieweur, de pouvoir échanger avec des créateurs en arts visuels – émergents ou de renommée internationale –, que ce soit dans des ateliers, des galeries underground, des musées ou des centres d’exposition. Ma passion pour les arts visuels est enracinée si loin dans ma constitution interne que je ne saurais vivre autrement qu’entouré d’œuvres faisant vibrer mon regard à toute heure du jour.
Alors, explorer l’univers d’un artiste est un moment savoureux. Obsessionnel de la préparation, j’en sais déjà beaucoup sur mon interlocuteur au moment de la première question, mais j’aime aller plus loin. Encore plus loin. Faire émerger un aspect insoupçonné, étonnant de son approche. Aller à la rencontre de l’Autre est une source intarissable de découverte, de partage et de tendresse.
LA GENÈSE DES GALERIES D’ART 3D
STORY
☞ Luc PALLEGOIX
CRÉATION 3D & I.A.
Voilà plusieurs années que j’ai envie d’un retour à la direction éditoriale en ligne d’un magazine culturel qui s’adresserait à un public large d’amateurs de culture. Nous y parlerions d’artistes et d’art comme le fait Sylvain au Centre Culturel de l’Université de Sherbrooke ou au Centre culturel Yvonne L. Bombardier, avec les moyens des mises en avant numériques pour lesquelles je me distingue. Mais nos carrières respectives ne nous laissaient pas forcément le temps qu’il fallait y consacrer, jusqu’à ce que j’ai l’idée, fort simple, de ne pas envisager une fréquence de publication aussi élevée que celle que nous faisions pour les enfants il y a 20 ans. C’est sur cette base, ce vendredi-là , qu’avec Sylvain nous avons conçu la première maquette d’ACTION CULTURELLE, mélangeant textes, entrevues audio et une partie dite exposition, qui réunirait la sélections d’oeuvres des deux premiers artistes que nous souhaitions mettre en avant. Ravi, j’ai mis ça sur le coin de mon bureau en me disant qu’il serait simple avec des techniques audio de rendre l’authenticité et la profondeur des entrevues que dirige Sylvain, et que nos textes permettront d’offrir un autre angle de vision sur l’art et le milieu de l’art, incluant le public de la culture. Là où je n’étais pas très convaincu, c’était de parler d’une exposition d’art virtuelle, alors qu’on a sous les yeux au mieux un diaporama animé. C’est resté comme ça jusqu’au dimanche soir, où lors du 20h de France télévision, il y a eu plusieurs reportages sur l’intelligence artificielle en rapport au Sommet sur l’IA qui débutait le lendemain matin à Paris. Je ne m’en sers pas pour faire écrire mes posts à ma place par un robot, ça fait de l’écriture aussi fade que les fausses photos. Par contre je fais beaucoup de recherches avec l’IA qui contrairement au moteur des susdites, ne propose pas de sites de boutiques de tapissiers proches quand on fait une recherche sur les ébénistes français du dix-huitième siècle. Au cours du 20H, le journaliste a attiré mon attention sur les compétences pédagogiques que pouvait avoir l’IA, en permettant aux étudiants de réviser leurs examens ou d’apprendre une langue étrangère. Je me suis dit que c’est avec Le Chat de Mistral que j’allais me remettre à l’allemand. J’ai l’air de digresser mais vous allez voir qu’on y est. Lundi matin je me suis réveillé en me disant, un diaporama, ce n’est pas une exposition en ligne. Pour que ce soit une exposition en ligne, il faut une galerie d’art 3D. J’ai évoqué plus haut que je code depuis 20 ans des sites internet, y compris un peu animation, mais je n’ai strictement jamais abordé le code pour la 3D. C’est vraiment différent, et j’ai eu une carrière de plasticien à conduire. Mais souvenez-vous des propos du journaliste de la veille. Alors…
Moi : Bonjour Le Chat, en forme?
Le Chat de Mistral : En pleine forme, Monsieur, et vous ?
Moi : Ça va dépendre de ta réponse. Je parle de page HTML. Est-ce que c’est possible de coder en natif une architecture 3D qui s’apparenterait à une galerie d’art, sans que l’internaute ai besoin de payer, de charger un plugin ou de s’inscrire?
Le Chat de Mistral : Bien sur, Monsieur, par exemple le A-Frame est un framework web open-source conçu pour créer des expériences de réalité virtuelle (VR). Monsieur, c’est une excellente idée pour promouvoir vos oeuvres sur votre site Internet !
Moi : Apprends-moi à coder un cube en A-frame dans lequel je pourrais me déplacer.
48h plus tard je montrais à Sylvain un cube gris, avec un de mes hommes cerfs au centre d’un des côtés. On entendait de la musique pendant qu’on regardait, et on pouvait faire tourner le cube sur lui-même avec la souris. On n’a pas eu besoin de s’expliquer qu’on avait là l’embryon d’un centre culturel dématérialisé, et que les possibles allaient être nombreux et passionnants. J’ai travaillé et appris énormément au cours des cinq dernières semaines. J’ai aussi fait la synthèse de mes connaissances en tant que directeur d’établissement culturel ou d’artiste qui expose, et je suis vraiment fier de vous présenter ces deux premières architectures 3D en ligne, et j’espère que vous allez les apprécier autant que j’ai adoré les construire en pensant à vous.
ACTION CULTURELLE est un événement numérique trimestriel frais et pétillant, sous la direction artistique de Luc Pallegoix & Sylvain Dodier. Les salles d’exposition dématérialisées sont une création de Luc Pallegoix animées par Sylvain Dodier, pensées et produites depuis l’Atelier Auckland – Centre d’art & de nature, ancrées dans les Cantons de l’Est et ouvertes sur le monde.